La « Jumellea recurva », une espèce d’orchidée rare, et la clochette bleue sont devenues les emblèmes des efforts de conservation et de restauration entrepris depuis trois ans par la Compagnie sucrière de Bel Ombre, avec la collaboration de la Mauritian Wildlife Foundation.​

photos : rogers image bank | atipik ltd jean-claude sevathian | mauritian wildlife foundation

La Jumellea recurva a éte redécouverte en février 2011.
La clochette bleue a été retrouvée en 1976 dans les parages de la « Cascade 500 pieds ».

Jumellea Recurva, Nesocodon mauritianus… ces noms frisent probablement l’incompréhensible pour ceux qui ne sont pas familiers du jargon des botanistes. La présence sur la réserve naturelle de Frédérica de ces deux plantes endémiques, considérées comme menacées d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), donne toutefois encore plus de sens aux efforts minutieux de conservation et de restauration déployés depuis 2009 par la Compagnie sucrière de Bel Ombre, sous la supervision experte de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF).

Et on en saisit la pleine mesure lorsqu’on sait que la perte d’espèces indigènes peut avoir un impact conséquent sur la biodiversité. « Il ne reste plus que 2 % de forêts primaires à l’île Maurice et cela va en diminuant, car elles sont en train d’être envahies par des espèces exotiques. Il est important de protéger ce qu’il en reste, mais aussi d’entreprendre un travail de restauration pour retrouver ce qu’on avait avant », explique Nicolas Zuël, docteur en sciences naturelles et Fauna Manager de la MWF. La réserve naturelle de Frédérica, au cœur du Domaine de Bel Ombre, est limitrophe du parc national des Gorges de la Rivière-Noire. Cette forêt de transition – entre forêts côtières sèches et terre humide des hauts plateaux – abrite une variété d’espèces endémiques telles que le bois d’ébène noir (Diospyros tesselaria), le bois d’olive (Cassine orientalis), le bois de natte (Labourdonnaisia glauca), le collophane (Canarium paniculatum), le bois de fer (Sideroxylon boutonianum), le bois clou (Eugenia spp.), le bois tambour (Tambourissa peltata), ou encore le bois bouquet banané (Ochna mauritiana).

C’est en ces lieux qu’une équipe menée par Jean-Claude Sevathian, botaniste à la MWF, est tombée sur la Jumellea recurva – espèce qui n’avait plus été vue à Bel Ombre après sa découverte par A. A. du Petit-Thouars en 1822 – lors d’une visite sur le terrain en février 2011. Cette orchidée rare était alors en pleine floraison sur le tronc d’un bois maigre (Nuxia verticilata) sur les berges du ruisseau Jacobie, dans la région appelée L’Exemple.

Nicolas Zuel est le « Fauna Manager » de la MWF.

Un certain nombre de Nesocodon mauritianus avait auparavant été retrouvés en 1976 dans les parages de la « Cascade 500 pieds », à Bel Ombre. Moins rare, mais tout aussi menacée, cette plante aussi appelée clochette bleue pousse en petites touffes et peut atteindre une hauteur de 50 cm. Elle est reconnaissable par sa fleur de couleur bleu pâle et sa forme de clochette, ce qui explique d’ailleurs son nom.

Ces deux espèces menacées, dont la survie dépend de l’intervention humaine, sont devenues les emblèmes des efforts de conservation conjoints de CSBO et de la MWF. Alors que la clochette bleue a été immortalisée par le biais de la carte de souhaits de la compagnie en 2009, le nom de la Jumellea a été donné à un site identifié la même année dans la forêt de Bel Ombre pour la création d’un parc naturel abritant des espèces indigènes.

Par ailleurs, de tels joyaux de la nature ne font que rehausser l’attrait écotouristique de la réserve naturelle de Frédérica, qui existe depuis 2004. « Avec le tourisme vert qui se développe, les gens sont intéressés à aller dans la forêt, mais ils veulent aller dans des lieux où il y a des choses à découvrir », indique Nicolas Zuël.

La restauration de la forêt de Bel Ombre présente aussi l’avantage de restituer l’habitat d’oiseaux endémiques. À l’instar de la crécerelle de Maurice (Falco punctatus) et de la grosse cateau verte (Psittacula echo), deux espèces qui nichent dans les cavités des grands arbres et dont l’habitat a été dégradé avec la déforestation de l’île. Ce qui a du même coup causé une diminution de leur population.

Le travail entrepris a rendu possible, en corollaire, l’installation dans la forêt de nids artificiels remis par la MWF afin d’attirer ces oiseaux. Cela vient aussi pallier le manque de sites de nidification. « Grâce au partenariat avec CSBO, nous avons la possibilité d’étendre potentiellement la distribution de ces espèces qui, pour l’instant, nichent dans le parc national voisin », confie le Fauna Manager de la MWF.

Même si l’implantation de la crécerelle de Maurice et de la grosse cateau verte dans la réserve ne s’effectuera pas du jour au lendemain, il demeure optimiste : « Nous avons aperçu certains spécimens venus en repérage. En nous basant sur notre expérience, nous savons qu’il faut parfois attendre quelques années avant que ces oiseaux décident de s’installer dans les nids artificiels. »

La création d’un corridor entre le parc national des Gorges de la Rivière-Noire et la réserve naturelle de Frédérica permet, en outre, de réduire le risque de croisement, qui peut affaiblir les espèces. « Plus on restaurera des forêts, plus on aura des lieux où nos espèces endémiques pourront vivre. Les risques de propagation de maladies sont également réduits lorsqu’une population est distribuée sur une plus grande zone », ajoute Nicolas Zuël. Un autre aspect non négligeable du projet est la création d’emplois « verts ». Selon le Fauna Manager de la MWF, « le travail de conservation et de restauration requiert une main-d’œuvre importante pour le contrôle des espèces exotiques, ce qui crée des emplois et permet la reconversion de personnes qui travaillaient auparavant dans les champs de canne ».

Le projet de conservation et de restauration a permis de créer des emplois « verts ».

S’inspirant de l’expérience réussie sur l’île aux Aigrettes, sanctuaire de l’écotourisme à l’île Maurice, la MWF participe aussi à la formation d’éco-guides sur la flore et la faune de la réserve dans le cadre de la mise en place d’excursions à caractère pédagogique. L’installation sur les tracés de panneaux d’information aidant à l’identification des espèces rend la visite encore plus instructive.

Pour Nicolas Zuel, c’est là une occasion privilégiée de découvrir le patrimoine naturel mauricien. « Les sites du parc national sont tellement précieux qu’ils ne sont pas ouverts au public, mais dans des lieux ouverts aux visiteurs comme la réserve naturelle de Frédérica, ces derniers ont l’occasion d’apprécier le travail de restauration et de voir des oiseaux endémiques de très près. »

Artificial bird nests have been installed in the forest.

Conserver et préserver les espèces menacées

La Mauritian Wildlife Foundation (MWF) est la seule organisation non gouvernementale mauricienne à se consacrer exclusivement à la conservation et à la préservation des espèces animales et végétales menacées du pays. Elle mène des projets sur le terrain à l’île Maurice et à l’île Rodrigues en étroite collaboration avec des partenaires locaux et internationaux. Son objectif à long terme est de réhabiliter des écosystèmes disparus en sauvant de l’extinction des espèces natives rares et en restaurant les forêts primaires. Un autre volet du travail de la MWF est la sensibilisation de la population aux enjeux de conservation.

Immersion dans une nature préservée

La nature préservée de la réserve naturelle de Frédérica s’étend sur 1 300 arpents dans le sud-ouest de l’île Maurice, avec une végétation à 50 % endémique ou indigène. Diverses activités y sont proposées, incluant un safari de jour, au coucher du soleil ou de nuit en 4x4, des randonnées en quad ou en VTT, du trekking ainsi que des excursions découverte pour les enfants.

Défilement vers le haut