Jean-Louis Pismont, qui a tout récemment accédé à la présidence de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice, estime qu’il faut des idées novatrices pour dynamiser le secteur des loisirs et ainsi accroître la visibilité internationale de la destination.

photos : beachcomber image bank

Vous connaissez le tourisme mauricien depuis une vingtaine d’années. Comment avez-vous vu évoluer les loisirs au fil des années ?

Il y a eu une grosse évolution. Il n’y avait pas grand-chose à faire à part alleràlaplageilya20ans.Jepense surtout que cette évolution s’est faite en même temps que celle de la société mauricienne, parce qu’il n’y a pas que le tourisme, il y a aussi une grosse demande de la part des Mauriciens. Après, effectivement, la destination a été longtemps connue à travers le tourisme et donc essentiellement les hôtels. On commence maintenant à avoir une belle offre extérieure. Il faut attirer d’autres investisseurs, d’autres concepts de loisirs, puisque les Mauriciens et les touristes en sont très demandeurs. Au-delà des hôtels, c’est aussi encourager ce qui se passe à l’intérieur du pays en créant des zones intéressantes, telles qu’une destination Chamarel ou une destination Mahébourg. Il y a encore certainement beaucoup d’investisseurs qui ont des idées intéressantes. C’est cela aussi qui va attirer les touristes, sans doute. Il faut des concepts de qualité. Les Mauriciens savent ce que cela veut dire et c’est tant mieux ! Cela fait plaisir de voir les familles sortir, s’amuser et les touristes se joindre très agréablement à eux. Je crois que les deux sont tout à fait compatibles. Le contact avec la population locale, c’est ce qu’on veut faire.

Le tourisme d’agrément, c’est plus de la moitié des voyageurs chaque année dans le monde et encore une plus forte proportion à Maurice. C’est un segment qui devient de plus en plus rentable...

C’est clair. Je pense qu’on a affaire de plus en plus à un touriste intelligent, qui veut aussi apprendre l’histoire, les valeurs d’un pays pour sa connaissance personnelle. On a eu de beaux développements dans ce domaine. L’Aventure du Sucre, raconte toute l’histoire de l’île Maurice ou presque. C’est un faux débat aussi de croire que les clients ne veulent rester qu’à l’hôtel. Toutes ces initiatives n’étaient pas assez mises en valeur il y a 20 ans. Cela demande également des investissements privés et publics importants, peut-être ensemble, pour créer une belle dynamique de destination. Ce qui a été fait en 20 ans est pas mal, mais il y a encore à faire.

Il y a pas mal de nouveaux concepts, tels que les festivals et autres événements, qui émergent...

Lancer de nouvelles idées, cela demande un apprentissage. Je crois que c’est courageux de créer des événements novateurs. Encore faut-il les faire perdurer, apprendre des erreurs. Les festivals de musique, oui, mais il faut faire venir beaucoup de gens de l’étranger et là on tombe dans les budgets. Les gros festivals qui sont populaires en Europe, ce sont des milliers de personnes qui dorment sous des tentes, mais il faut déjà payer le billet d’avion pour venir à l’île Maurice. Par contre, le succès de Porlwi by Light, qui était un très bel événement, est attribuable aux Mauriciens. C’est clair qu'ils ont adhéré massivement à cette innovation et peut-être que fermer Port-Louis pour la première fois, c’était assez exceptionnel. Il y a aussi eu beaucoup d’initiatives de la part des hôteliers pour la basse saison, tous ces événements de trekking, de kitesurf, même à Rodrigues, qui ont un petit peu été l’élément déclencheur. Quand je vois le succès d’un petit projet privé original et « fun » comme Curious Corner of Chamarel, devant la Terres de 7 Couleurs, dont plus de 65 % des visiteurs sont des Mauriciens, cela apporte aussi à la destination. Ce n’est pas un gros projet, mais c’est un cas d’école intéressant. Il faut des gens comme cela, qui sont capables de think out of the box et qui ont des idées novatrices, pour venir dynamiser le secteur. Tout cela apporte une certaine visibilité internationale.

Il y a aussi eu le golf et le rugby récemment...

Tout est bon, il faut essayer, c’est comme cela qu’on a construit l’île Maurice. Il y a eu un premier golf à Vacoas et aujourd’hui on a une dizaine de 18-trous. Clairement, un seul golf pour la destination, ce n’est rien pour un golfeur, parce qu’un vrai golfeur en fera trois ou quatre en dix jours. À l’origine, le golf avait été fait pour les hôtels, c’était un hôtel et puis un golf, maintenant on a une destination golfique à gérer, avec des parcours qui ne sont plus nécessairement dans les hôtels et cela crée une activité assez exceptionnelle. C’est un segment assez spécifique, mais qui, dans son contexte, a une contribution importante.

Est-ce qu’on peut tout faire en termes de loisirs ?

Est-ce qu’on peut tout faire ? Oui, mais en gardant notre identité. Il faut que cela soit en harmonie avec qui nous sommes, notre style, notre accueil convivial, notre approche, et avoir un certain standing. Il est important de préserver l’authenticité de notre destination. C’est un petit peu comme la politique des hôtels. Faut-il faire des hôtels de 1 000 chambres, des hôtels à 20 étages ? La réponse n’est pas nécessairement oui. On ne l’a jamais fait et on veut le garder comme cela, je pense. Il faut arriver à trouver un équilibre intelligent.

SENSIBILITÉ ENVIRONNEMENTALE

Élu à la présidence de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice le mercredi 22 juin 2016, Jean-Louis Pismont est directeur général du Paradis Beachcomber Golf Resort & Spa et du Dinarobin Beachcomber Golf Resort & Spa depuis 2013. Cet hôtelier d’origine française a rejoint Beachcomber en 1997, après avoir occupé des postes de direction dans des établissements de renommée mondiale. Marié et père de deux enfants, il est titulaire d’un diplôme de management en hôtellerie et restauration de l’Ecole hôtelière de Thonon-les-Bains. Sensible aux enjeux du développement durable, Jean-Louis Pismont est activement engagé dans la mise en place du label environnemental EarthCheck dans les deux hôtels qu’il dirige. « Je pense qu’en termes de recyclage, on est encore très loin de ce qu’on pourrait faire. Cela viendra à travers l’éducation. Les hôtels emploient beaucoup de gens, qui peuvent transmettre cette éducation à leur entourage. Il y a encore certaines pratiques à changer dans notre vie de tous les jours et ce n’est pas la peine de se lancer dans des projets dans les hôtels si cela ne bénéficie pas à la communauté locale », soutient-il. « De toute façon, cela va sans dire que si on ne le fait pas, c’est le produit île Maurice qui va en pâtir. »

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