Notre île compte, depuis 1977, une réserve reconnue par l’UNESCO. Avec ses 8 582 hectares, la réserve de biosphère des Gorges de la Rivière Noire-Bel Ombre (anciennement Macchabée-Bel Ombre) abrite les quelques derniers vestiges endémiques de Maurice et constitue l’un de ses plus grands puits de carbone. Cet écrin de verdure a pour objectif de concilier conservation de la biodiversité, développement durable et inclusion sociale.

L’homme, la science et la nature

Il existe 714 réserves dans 129 pays, appartenant au Réseau Mondial des Réserves de Biosphère de l’UNESCO. Ensemble, elles représentent près de l’équivalent de la superficie de l’Australie.

Les fonctions de ces réserves sont la conservation et la restauration des écosystèmes aussi bien que le développement économique et social de la région à travers des activités durables. La recherche et la formation y jouent également un rôle crucial. Les biosphères s’imposent ainsi comme des espaces d’échanges favorisant l’interaction entre l’homme, la science et l’environnement.

Outre leur atout écologique, ces territoires doivent également démontrer qu’ils fédèrent l’intervention d’acteurs de tous les secteurs autour d’un objectif commun pour prétendre au statut de biosphère.

Ambition partagée

Si la classification d’une aire centrale protégée suffisait jusque-là pour obtenir le label de l’UNESCO, il y a quelques années, cette dernière a étoffé ses critères de sélection pour y inclure deux zones supplémentaires autour d’elle : une zone tampon et une zone de transition.

« En 2017, le directeur du programme sur l’Homme et la Biosphère de l’UNESCO identifie Bel Ombre comme une région à très fort potentiel pour soutenir notre argumentaire », partage Vinesh Gopal, directeur adjoint par intérim du National Parks and Conservation Service (NPCS) et UNESCO Man and Biosphere National Focal Point pour Maurice.

Ce constat enclenche des discussions entre le secteur public, le privé et la société civile. Rogers, à travers Agrïa, est le principal propriétaire des terres nécessaires à l’instauration de ces deux zones ; le village de Bel Ombre se situe dans la zone de transition ; quant à la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), elle travaille sur le terrain pour faire état de notre biodiversité auprès du NPCS.

The MWF’s intervention in the region consists of research, construction of artificial nests, bird banding, and disease control to monitor these species, among other actions.
L’aire centrale

L’aire centrale de 6 574 hectares de la biosphère correspond au Parc national des Gorges de La Rivière Noire. Dans cette zone protégée, sous l’autorité du NPCS, seuls les projets de conservation sont permis ainsi que quelques visites éducatives pour le public.

Pigeon des mares, crécerelle, grosse cateau verte, merle de Maurice, oiseau à lunettes, bois d’ébène, bois de natte… on y retrouve de rares spécimens indigènes et endémiques en voie de restauration, grâce à la collaboration de la MWF. Il existe 670 espèces indigènes à Maurice et 120 d’entre elles se trouvent à Bel Ombre. « Cette forêt, d’une richesse exceptionnelle, représente la meilleure chance de survie pour plusieurs espèces », explique Vikash Tatayah, Conservation Director de la MWF.

L’intervention de cette ONG dans la région depuis les années 90 a notamment permis de sauver la crécerelle de Maurice (en 1970, on n’en comptait plus que quatre, elles sont aujourd’hui 350) ainsi que la grosse cateau verte (25 en 1980, 800 actuellement). Recherches, construction de nids artificiels, baguage, contrôle des maladies sont autant d’actions entreprises pour le suivi rapproché de ces espèces.

Ecotourism activities can be carried out in the buffer zone.
La zone tampon

Dans un périmètre de 497 hectares autour de l’aire centrale, une zone tampon est érigée. Des activités écotouristiques, en accord avec la politique de développement durable de la biosphère, y sont autorisées.

Rogers s’est engagé à respecter ces conditions sur les 75 hectares de terres octroyées à cette zone. De l’agriculture raisonnée chez Agrïa aux balades éducatives dans les réserves voisines, les activités de ses filiales sont en harmonie avec la nature.

Mais que seraient tous ces efforts sans un volet éducatif pour en assurer la pérennité ? La MWF s’est ainsi attelée, pendant plusieurs années, à la formation des guides et laboureurs de la région comme du public, à travers son centre d’accueil.

The pink pigeon is one of the rare native species being repopulated by the MWF.
La zone de transition
« La zone de transition se compose de 1 511 hectares, sur lesquels Rogers compte des activités agricoles (à travers Agrïa) et hôtelières. Conscient du rôle qu’il a à jouer, dans cette région et au-delà, le groupe a établi une charte, portant la promesse d’une contribution substantielle au développement durable de Maurice », explique Christian Nanon, Sustainability Manager de Rogers.

Des hôtels certifiés Green Key, l’objectif d’une émission carbone nulle, la gestion des déchets, l’utilisation d’énergies renouvelables, la protection de la biodiversité terrestre et marine, la valorisation de l’entrepreneuriat… Rogers saisit l’opportunité de poser des objectifs plus pérennes, pour le groupe comme la région, tout en s’appuyant sur des solutions fondées sur la nature (Nature-based Solutions). Il a ainsi initié la création d’un corridor écologique sur les berges de la rivière Jacotet pour faciliter la migration d’espèces endémiques ou la reforestation pour contrôler l’érosion des sols.

Par ailleurs, il était primordial de s’assurer de la coopération du village de Bel Ombre – qui se trouve dans cette zone, en démontrant comment ce projet participe à l’amélioration de la qualité de vie de sa communauté. Sans cet aspect humain, la définition même de la biosphère serait mise à l’épreuve. Des formations sont ainsi proposées aux villageois par le NPCS pour éveiller les consciences quant au potentiel de ce projet. Elles débouchent sur la mise en place de pratiques d’agriculture, de pêche et de tourisme plus respectueuses de l’environnement.

 

Solutions locales, problématiques mondiales
« Le dossier soumis à l’UNESCO a été accepté d’emblée et son comité félicité pour la qualité de son projet, précise fièrement Vinesh Gopal. Notre île est citée en exemple et Bel Ombre en est le premier village mondialement reconnu ! »

Cette collaboration tripartite est scellée par l’annonce officielle de la reconnaissance du site et de sa nouvelle appellation par l’UNESCO en octobre 2020. Ces efforts sont d’autant plus noblement récompensés lorsque Vinesh Gopal apprend que Maurice fera partie du comité de recherches sur le rôle des biosphères en tant que puits de carbone pour enrayer les effets du changement climatique sur les Petits États insulaires en développement.

Reste plus que la nomination prochaine d’un comité local pour assurer la conservation de cette réserve de biosphère et, ainsi, la pérennité de cette prestigieuse reconnaissance de l’UNESCO.

« 5 % de la surface de la Terre est reconnue comme zone de biosphère. Maurice a su mettre en avant des qualités exceptionnelles pour mériter ce titre, il n’y a aucun doute ! », conclut Christian Nanon.
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